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Franklin
Nkangou Mikangou
UN AFRICAIN EN ALLEMAGNE
Grande interview
Entretien entre Samba Nzoko et Franklin N'kangou Mikangou,
Promoteur artistique, journaliste et éditeur de "Béto
Magazine", fondateur de l'association Béto e.V.
Des extraits de ce long entretien intitulé " un africain
en Allemagne" ont déjà été publiés
en grande partie dans certaines parutions de "Béto Magazine,
édition allemande à la fin des années 90.
L’ entretien a par la suite fait l’ objet d’ un
petit livre édité en Allemand en 1997. Le présent
titre, qui pourrait être aussi remplacé par: "un journaliste-éditeur
africain et promoteur artistique en Allemagne", aimerait alimenter
le débat et fournir des réponses pratiques en la matière
de la réflexion sur les nouvelles base du développement
de l' Afrique, ainsi que sur l'intégration des Africains en Allemagne.
Dans ce long extrait actualisé, Franklin Nkangou Mikangou nous
fait part de son expérience entant journaliste africain, fondateur
du Magazine Béto et promoteur de la culture africaine en Allemagne
pendant plus de 2 décennies. Il veut avec cette prise en langue
francaise contribuer à la réfléxion sur l’
engagement et à la manière pour les Africains d’
aborder les problèmes à auxquelles ils sont confrontés
en Afrique et partout dans le monde. Les Africains sont appelés
à mettre en valeur leurs éfforts et capacités pour
faire place nette. Les jeunes doivent se donner le courage pour aller
à l’ avant pour un développement socio économique
durable de l’ Afrique. Franklin Nkangou Mikangou est depuis 2003
président de l' association Béto e.V. ONG pour la promotion
de culture africaine et du développement de l’ Afrique.
Béto Magazine n’ existe plus comme périodique. On
le trouve plus que sur online sur le site Internet de Béto e.V.
Entretien ouvert avec Franklin N'Kangou Mikangou.
S.N. : Franklin N'Kangou Mikangou! Qui êtes-vous?
F.N.M.: je suis africain d'origine congolaise. Né en 1955 à
proximité de Brazzaville; la capitale de la république
du Congo, je vis depuis des années en Allemagne.
Ayant passé mes premières années scolaires à
la campagne, je suis parti quelques années plus tard, comme beaucoup
de jeunes dans la même situation à la capitale pour fréquenter
l' école secondaire. Ce fût aussi le temps de mes débuts
dans le journalisme. Ayant fait des études de journalisme en
Europe, l' année 1985 était celle de la création
de la revue "Béto Magazine" en Allemagne. La revue
était éditée avant tout en langue francaise. L'
édition allemande est venue une année plus tard. L’
édition francaise était abondonnée sur le champ
compte tenu des difficultés de distribution. Le but de la revue
était avant tout la promotion de la culture africaine et la contribution
à la compréhension entre les peuples. Mon engagement d’
organiser parallèlement des spectacles, (de concerts, des tournées,
des festivals et des salons expo-vente africains ) avait commencé
en cette période. Je suis par exemple l' un des initiateurs des
défilés de mode africaine en Allemagne et des élections
miss beauté noire(africaine). Ma contribution à faire
connaitre par exemple la revue Amina ; » le magazine de la femme
« en Allemagne est réelle.
S.N.: Est-il vrai, qu'il existe deux Congo?
F.N.M.: Exact. Il y a deux Congo. Il y en avait même trois. Il
y a le Congo, ( république du Congo ou Congo Brazzaville) sur
la rive droite du fleuve Congo. Le Congo sur la rive gauche (république
démocratique du Congo) Congo belge), de 1971 jusqu'à 1997
Zaïre, fut rebaptisé par le dit terme donné depuis
l’ indépendance en 1960.
Ainsi en dehors des ex Congo francais et Congo belge, l' Angola était
le troisième Congo. C’était l’ex Congo portugais.
Le mot "Congo" désigne aussi bien l'ancien royaume
du Congo que ses habitants(Ba-Congo, proprement dit Bantu Ba-Congo signifie:
Hommes ou Habitants de Congo). Le fleuve du même nom s ‘
appelait à l'origine Nzadi. Un nom que les portugais avaient
déformé en Zaïre et dont l‘ ex Président
Mobutu de la rive gauche s’ était servi pour faire triompher
ses visions, confuses et égoistes. Dans la langue congolaise,
N'zadi signifie "grand fleuve". L'océan Atlantique
était aussi ainsi nommé "N'Zadi Ya Mungua":
le plus grand fleuve salé. Le fleuve et le bassin qu'il forme
ainsi que les colonies furent rebaptisés pour la première
en Congo en 1878, à la suite du partage de cette région
à la conférence de Berlin dans les années 1884
- 85. Bantu est le pluriel de Muntu, mot qui désigne "Homme"
dans la langue congolaise. Dans la science linguistique, le concept
Bantu ou plus précisément bantu qui désigne un
groupe de langues parlé dans presque toute l'Afrique équatoriale
et du sud, a été pour la première fois utilisé
par des africanistes en 1862, après qu'ils aient pu établir
à l'aide de connaissances exactes leur lien de parenté.
Conformément aux puissances coloniales, les colonies furent appelées
Congo portugais, belge et français. A ce sujet le livre du congolais
Prosper Kivouvou:"Angola de la royauté à la république",
paru aux éditions "Pahl Rugenstein 1980", peut servir
de reférence. Quand on parlait du Congo de 1971 jusqu’
en mai 1997, il s'agissait, comme évoqué plus haut, d'un
seul pays : le Congo Brazzaville qu’ on appelait aussi République
Populaire du Congo de 1970 jusqu'à 1991. En 1991 une conférence
nationale et des élections libres en 1992 avec la participation
de plusieurs partis politiques y furent organisées. Après
le Bénin en Afrique de l'ouest, le Congo fût le deuxième
plus grand pays africain par sa superficie à convoquer une telle
conférence. Après la dite conférence, le nom de
république du Congo était de nouveau réinstauré.
Celui de la capitale Brazzaville fondée en 1880 à la limites
des rivières Djoué et Mfoua, débouchant sur le
fleuve Congo; le deuxième plus grand du monde, n’était
pas du tout remis en question. Cette ville est célèbre
depuis le temps colonial pour son rôle de capitale de l'ex communauté
française de l'Afrique centrale et de la France Libre pendant
la seconde guerre mondiale, fait figure d’ un important centre
culturel et politique. Brazzaville a aussi servi de site de décolonisation.
Le discours historique que Charles De Gaulle y tena pour l'indépendance
des colonies françaises en est un exemple. Beaucoup de mouvements
de libération de l'Afrique australe, comme par ex l'ANC, la SWAPO,
le MPLA y ont eobtenu soutien et d'importants appuis dans les années
70. Les premiers Jeux Africains, une grandiose manifestation culturelle
et panafricaine étalée sur plusieurs jours, autofinancée,
initiée et organisée par des africains respectivement
par le gouvernement congolais de l'époque, y ont eu lieu au milieu
des années 60. Brazzaville passe aussi pour être un centre
de la littérature africaine en même temps que Dakar. Elle
est l'un des centres les plus importants de musique africaine moderne
à côté d'Abidjan, Johannesburg, Dakar, Lagos. Congo-Rumba,
qui a précédé le Soukous, le courant musical le
plus connu de l'Afrique, lancé par l' ex orchestre Sinsa Kotoko
en 1966, y est né et s'y est développé avant de
se répandre à Kinshasa, en Ex Zaïre et dans le reste
du monde. Brazzaville; la ville historique n'a malheureusement pas toujours
connu de gloire. Elle a été détruite lors du conflit
qui a éclaté le 5 Juin 1997 et qui a duré jusqu'au
milieu Octobre de la même année.Elle a connue par la suite
d' autres malheurs telle que celles de la fin 1998. Bref souhaitant
pour l' avenir, une meilleure prospérité à cette
ville dont la quasi totalité de la population n'aspire qu' à
vivre dans la paix et dans l’ allégresse.
S.N : Y a-t-il encore aujourd'hui quelque chose de commun entre Congo
Brazzaville et le Congo Kinshasa?
F.N.M: Au Congo Brazzaville, ( république du Congo) ainsi qu’
au Congo Kinshasa (république du Congo démocratique) et
en Angola, la majeure partie de la population parle le Kikongo et Lingala.
Ces 2 langues forment les deux langues nationales des deux républiques
du Congo. Le Français, qui est la langue administrative, était
introduite sur la rive droite du fleuve Congo du Congo Brazzaville par
les français. Sur la rive gauche du fleuve du Congo Kinshasa
par les belges. Le Français est en quelque sorte la deuxième
langue maternelle de la jeune génération qui a fréquenté
l'école. Car sur les 3 millions d'habitants de Congo Brazzaville,
environ 80% ayant fréquenté l'école a appris dès
la première année le Français avant la sale guerre
de 1997 qui s’est poursuivie jusqu’en Mars 2003 ; sans oublier
de souligner que la paix n’ est pas encore totalement revenu dans
la région du Pool, 3 ans plus, à l’ heure nous apprêtons
à rendre ce texte public. "Soukouss", l’un des
rythmes les chauds et le plus dansé des courants musicaux africains,
inventé en 1966 par l'orchestre de l'époque: le "Sinza
Kotoko de Brazzaville" a davantage fait connaître culturellement
les républiques du Congo avant le mouvement N'dombolo. Sinza
« Kotoko » faisait partie des groupes musicaux congolais
les plus connus de l'époque à côté du Super
Band, des Bantoues de la Capitale, fondateurs du rythme Kongo-Rumba.
Franklin Boukaka, décédé en 1972, était
le chef du groupe "Cercul Jazz" le roi du rythme "Yéké
Yéké". Pierre Moutouari, ex chanteur Leader du groupe
"Sinza ,son frère Côme Moutouari ( Kosmos) des Bantoues
de la capitale" et le défunt Pamelo Munk a sont à
l'avant du mouvement. Aurlus Mabélé originaire de Brazzaville,
domicilié à Paris, a créé en France avec
son groupe Loketo l'aide
la nouvelle version du Soukouss. Le LP de Sinza avec le titre:"
Orchestre Sinza Kotoko 10 ans d'animation" en 1976 chez Pathé
Marconie-Emi, ainsi que l'attribution d'un prix international au chef
du groupe Lokéto d’Aurlus Mabélé, ; auteur
des fameux tubes "Nicoletta, fille des Antilles" et Adjani
Muana Kin chez Afro Rythme à la fin des années 70, illustrent
sciemment ce passage dans la musique du Congo et de l’ Afrique.
Congo Rumba, Soukouss, et par la suite le Ndombolo sont les rythmes
les plus connus des 2 Congo. Forte par sa population, de sa politique
culturelle plus tournée vers l’extérieure, de sa
politique économique du libre marché ainsi du très
grands nombres de groupes musicaux, le Congo Kinshasa s’est finalement
mieux affirmé à tel point que ces rythmes sont naïvement
presque partout désignés par la musique du Zaïre.
Par voie de conséquence les groupes jouant ce rythme sont presque
classés comme groupes Zaïrois ou du Congo démocratique.
Sur l’échiquier international le Congo Brazzaville peine
à se faire un nom à cause de l’ omni présence
du frère voisin; mais surtout aussi par manque de volonté
d’une politique, culturelle réelle du Congo Brazzaville
; malgré l’ existence de Socodic ( Société
congolaise du disques) dans le passé et de Fespam aujourd’hui.
Malgré le succès retentissant des groupes comme les cheveux
crépus, les Mbamina il ya belle lurette. Du défunt Pamelo
Munk'a, Franklin Boukaka, Denis Loubassou la Cloche et de Pierre Moutouari,
Youlou Mabiala et par la suite des tambours de Brazza, Extra Musica,
Pierrette Adam, Bana Poto Poto, Passi de Biso Biso etc.; les Groupes
et vedettes du Congo Kinshasa tels que Ok Jazz, Zaiko Langa Langa, Papa
Wamba, Koffi Olomidé, Werrason, Lokua Kwanza etc. restent de
loin les plus connus en Afrique et dans le monde. Le Congo Brazzaville
reste mal connu du grand public.
S.N: Que signifie votre nom?
F.N.M.: Le nom N'Kangou ou Mikangou est en même temps un nom
Bantou présent au Congo, angolais. Il signifie "Population"
en Kikongo et aussi dans les autres dialectes dans les trois pays".
C'est un nom que l' on trouve également en Afrique du sud. N'Kangou,
Mikangou ou Moukangou ont la même signification suivant la région
S.N.: Parlons un peu de la revue Béto qui a beaucoup occupé
votre temps de 1985 à 2000, à tel point qu' il y a de
nombreuses personnes qui ne vous connaissent que par ce nom. Un nom
que vous avez par la suite donné à
l’ association que vous avez fondé en 2003 ( Béto
e.V./ ONG).
F.N.M.: Le développement de la revue Béto avait commencé
avec un capital modeste. La première parution était en
français en 1985. La première édition allemande
fin 1986/début 1987 me donna l' idée qu' il était
plus simple à publier cette revue en langue allemande qu ' en
langue francaise en Allemagne. Béto magazine s'était lentement
imposé comme une revue africaine, si bien que des auteurs africains,
journalistes et autres amis de l'Afrique qui écrivaient pour
le journal ont eu à travers "Béto" la possibilité
d'être actifs et de contribuer au dialogue culturel. Ceci est
particulièrement important dans un monde, où les informations
servent souvent seulement à la satisfaction de sensations et
à l'exercice du pouvoir. Une rencontre des peuples et cultures
avec l'assurance d'un respect mutuel, est un important lien entre les
humains et favorise le processus nécessaire pour une vie sociale
pacifique et pour l'amitié entre les peuples. Le nom "Béto"
symbolise cette coexistence de même niveau. "Béto"
signifie en Kikongo ou dans la langue KiKongo: "Nous" symboliquement
:"nous, les hommes, nous la communauté mondiale." "Béto"
englobe tout le monde car l'humanité entière devrait s'efforcer
d'agir et de vivre judicieusement en vue de réaliser un monde
harmonieux et une vie sociale pacifique. Martin Luther King a résumé
la signification de cet effort il y a dix ans dans cette phrase: "si
nous n'apprenons pas à vivre ensemble comme humains, nous coulerons
ensemble comme des fous." "Béto" s'est fait le
devoir de traiter des thèmes qui n'apparaissent pas toujours
dans beaucoup d'autres médias. Souvent les médias des
pays occidaux empêchent que des informations plus fournies sur
la culture africaine parviennent au grand public et que les causes profondes
des crises auxquelles sont sans cesse confrontées les populations
africaines soient examinées avec attention particulière
et trouver ainsi une solution globale et réaliste pour tous.
Heureusement que grâce à l' Internet les choses changent
un peu. Béto Magazine a été à l’ avant
garde du travail de promotion culturelle au détriment de l’
Afrique et de l’ amitié entre les peuples en Allemagne.
La connaissance précise de la situation a souvent permis aux
collaborateurs de "Béto", de traiter des thèmes
d’ une manière à contribuer au changement de la
fausse image de l'Afrique au sein de la société allemande.
S.N.: Est-ce que "Béto Magazine " entant print media,
avait vraiment un avenir en Allemagne?
F.N.M.: Il y avait en Allemagne plus de 25 revues alternatives en langue
allemande pour le soi-disant tiers monde qui étaient en grande
partie subventionnées pendant les premières années
d' existence de Béto Magazine. Quelques unes étaient vendues
dans des librairies politiques, alternatives et collectives ou sur les
stands lors des manifestations politiques dans les universités.
"Béto Magazine" avait joué un rôle important
dans le paysage médiatique allemand car c' était à
l' époque la seule revue africaine en Allemagne lue par la masse,
des gens, qui n'avaient jusqu'alors ni vu ni lu de revue sur l' Afrique
et même le soi-disant tiers monde. En Allemagne il n'existait
pas de revues sur l' Afrique comme Jeune Afrique, Afrique Asie, Amina,
Black Magazine en France, West Africa, Youth Africa en Angleterre. "Béto"
avait sûrement des grandes chances de mieux s' imposer; bien qu'
après plusieurs années d'expériences. Je dois aussi
avouer, qu'il n'est pas facile d'éditer une revue africaine en
Allemagne. C'est incroyablement difficile d'obtenir un nombre croissant
de lecteurs consentant à payer régulièrement la
revue, à s’ abonner à celle-ci et à trouver
des sponsors nécessaires pour l’ autofinancer. J'ai vécu
l'une de plus grandes surprises pendant l'été 1995 lors
du congrès Africain de Berlin organisé par le parti des
verts et financé par la fondation Heinrich Böll. Du Vendredi
au Dimanche le congrès avait accueilli environ 500 visiteurs
par jour. 90% de ces visiteurs venaient de tous les coins de l'Allemagne
pour s'informer sur les problèmes africains et débattre
de la nouvelle politique africaine. Je n'avais pu vendre que 25 exemplaires
de Béto, qui étaient visiblement étalés
sur une table. Ce qui est étonnant; bien que j'avais déposé
sur chaque table d'informations et distribué aux gens environ
1300 bulletins avec un message clair, il n'y avait eût presque
pas de résonance pendant le congrès ni les mois d'après.
La teneur du message était: " Béto est une initiative
autofinancée qui se trouve momentanément dans une crise
financière. 500 à 1500 abonnés volontaires aptes
à payer directement à la commande 40 à 100 DM (payables
à l'avance en argent comptant ou par chèque) sont nécessaires
pour empêcher l'arrêt des activités de Béto
Magazine. Ce serait dommage si cette revue africaine disparaisse du
paysage médiatique allemand". "De plus la publication
de quelques livres comme un africain en Allemagne, musique africaine
est prévue dans le programme de Béto. Le livre "un
africain en Allemagne" apparaîtra probablement en octobre
1995 et va coûter 15 Mark. 500 commandes seront nécessaires
pour réaliser la publication. Béto vous remercie du fond
du coeur pour votre attention particulière". Environ 3 mois
après la rencontre historique, où de vives discussions
et des propositions sur l'Afrique et ses crises avaient été
faites par des gens, qui, sans aucun doute, s'intéressent à
l'Afrique, on n'enregistre encore aucune suite de mon action en faveur
de Béto Magazine, le seul journal africain en Allemagne à
l' époque qui était proposé dans un cercle élargi
de la société. Lors de ce congrès de Berlin de
sévères critiques étaient faites contre la plupart
des journaux allemands qui n'informent pas assez ou pas assez objectivement
sur l'Afrique. C'est pourquoi la réaction négative à
la vente et à l'action marketing en faveur de Béto Magazine
est demeurée pour moi un mystère. Je n'avait pas reçu
plus de 6 commandes et lettres en rapport avec ce congrès. En
tout cas j'avais appris de nouveau comment il est pénible de
s'engager sérieusement en faveur de l'échange culturel,
plus particulièrement en Allemagne. Souvent beaucoup de gens,
qui sont peut être animés de bonnes intentions, me disent,
qu'ils préfèrent aller en Afrique et s'informer personnellement,
que de lire un journal. Ou bien ils préfèrent faire des
dons directement à des organisations caritatives compétentes.
Ceci est très louable si c'est vrai. Mais peut-on ainsi remplacer
une lecture, un échange culturel à un don? La culture
ne connaît aucune frontière. Elle est comme une rencontre,
un entretien. Personne ne peut affirmer être pour de bon cultivé.
D'autre part j'aimerais faire comprendre aux africains et aux amis de
l'Afrique l' importance d' une revue comme Béto en Allemagne.
Qu' à cela ne tienne. Tout est peut être qu'une question
de temps.
S.N.: pourquoi aviez-vous créé cette revue? Qu'est-ce
que vous vouliez atteindre avec cette revue et pourquoi justement en
Allemagne?
F.N.M.: L'esprit d'initiative est une caractéristique humaine.
Dès le début de l'humanité jusqu'à nos jours,
les hommes ont toujours créé ou entrepris quelque chose.
Chaque homme peut, suivant son tempérament, sa formation, ses
dispositions naturelles ou son entourage, le rigime politique en vigueur
du pays où il vit mettre quelque chose sur pied. Il n'existe
pas un endroit unique ou un temps précis, où l'on devrait
commencer ou arrêter, d'être créatif ou corporellement
actif.
Béto était la première revue qui essayait de combler
les lacunes d'informations sur l'Afrique et ayant pour auteurs de gens
qui savent de quoi ils parlent. les informations sur l'Afrique sont
en général basée sur la recherche de la sensation,
sur les catastrophes, sans jamais ou rarement prendre la peine d'analyser
les dessous historiques. Cinq grandes agences de presse possèdent
le monopole de la vulgarisation mondiale des flux d'informations. Elles
choisissent en grande partie les nouvelles qui doivent être publiées,
mais aussi celles qui ne doivent pas l'être. Surtout si ces informations
proviennent de l'Afrique et des pays en voie de développement.
Beaucoup de gens veulent que l'Afrique reste dans cet état. Il
en va de même pour certains d'entre eux qui parlent beaucoup de
la soi-disant aide au développement et qui ne travaillent pas
réellement pour le bien fondé des pays en développement.
L'aide au développement est bonne aussi longtemps que les politiciens,
les managers occidentaux déterminent et décident de ce
qu'il y a faire et gagne suffisamment leur vie. Elle est bonne aussi
longtemps que les experts en développement, les assistants de
même que les institutions qui y sont engagés, viennent
des pays occidentaux et garantissent d'abord l'emploi local et contribue
ainsi à hausser l'image de ces pays.
S.N.: Vous avez souvent écrit, que vous ne receviez pas de subventions.
Est-ce que la revue ne recevait pas d'aides des fondations, des institutions
spécialisées ou de l'église?
F.N.M.: Pendant tout son existence, Béto n'était pas
subventionné. La revue n'a jusqu'ici reçu aucune espèce
d'aide d'aucune institution, église, association, qu'elle soit
privée ou étatique. Exception faite d'un petit prêt
consenti par le ÖKO-FOND, Grüne, NRW en 1991. Un certain prêt
remboursable sans intérêt. Et c'est l'occasion pour moi
d'exprimer ici ma gratitude. Lorsque j'ai eu l'idée de créer
un journal africain, j'ai écrit aux différentes institutions,
fondations, maisons d'édition et organisations d'église.
Il n'y eut aucune réaction positive. Beaucoup de lettres écrites
et envoyées à deux, voire même trois reprises sont
restées sans réponse. On parle souvent d'aide à
l'effort personnel ou à l'intégration des étrangers.
Quand je me réfère à mon travail, pour mon expérience
Béto Magazine, cette phrase m'est incompréhensible. Béto
a toujours été une initiative pour la compréhension
entre les peuples. Béto a toujours remplit la fonction d'utilité
publique et d’échange culturel. Les histoires, reportages
et informations sur l'Afrique publiés dans les pays occidentaux,
ont été écrits jusqu'à aujourd'hui exclusivement
par des européens. Une telle manière unilatérale
de conduire les choses est à long terme destructive à
l'élargissement de l'horizon intellectuel et culturel de ce monde.
Elle est d'ailleurs préjudiciable à la compréhension
entre les peuples et à une démocratie au sens large du
terme. Les préjugés, le paternalisme entravent la rencontre
entre les cultures. Seul le dialogue peut garantir plus de liberté
dans ce monde, de justice et d'humanité pour tous. Garantir dans
chaque pays aux minorités, des possibilités matérielles
de s'exprimer publiquement et de s'épanouir culturellement fait
partie de la démocratie. Les démocraties occidentales
devraient méditer sur leur politique, si celle ci ne manque pas
de substance. Ils devraient se demander, si leur démocratie n'est
pas et ne reste pas une démocratie partielle aussi longtemps
qu'elle ne se met pas au service de l'humanité entière.
Par exemple les exportations d'armes ont-elles plus de valeur que la
formation? Les gouvernements subventionnent avec des milliards de dollars
le commerce des armes et ainsi, la mort de millions d'êtres humains.
Ceci va de pair avec la destruction de l'environnement. Les efforts
consentis ne devraient-ils pas profiter à des projets utiles,
qui servent à la paix? Retour à Béto. Cette revue,
qui était en grande partie rédigée par des africains,
qui sont pour la plupart des jeunes auteurs indépendants, et
qui s' était fixée comme but le dialogue de culture entre
l'Afrique et l'Europe. N' était-ce pas déjà une
raison suffisante pour recevoir des aides financières des institutions
allemandes? Il m'est difficile de comprendre la réserve de ces
institutions dont certaines travaillent avec l'Afrique vis-à-vis
de Béto magazine et de ses projets. Béto Magazine entant
que revue n’ existe plus depuis 2000. Béto Magazine n’
existe que partiellement comme Web Site depuis 2003, malgré la
tentative de lancer une nouvelle revue plus culture et plus moderne
en format de poche, intitulée Béto Guide depuis milieux
2005.
S.N.: Avez-vous aussi écrit des livres?
F.N.M.: J'ai écrit deux manuscrits, que la maison Editions Universelles
voulait rendre public. La dite maison d'édition s'intéressait
particulièrement au livre :"Récit Excursion à
travers l'Allemagne" et puis au roman sur le Congo pendant la période
de la colonisation et des indépendances :"Projet développement".
Mais au dernier moment les chose n' ont pas marché. J’
avais décidé à publier plus tard des extraits de
ceux-ci dans la rubrique livre de Béto Magazine. Aussitôt
que les possibilités financières allaient s' améliorer,
il était prévu de les publier entant que livres. Le projet
Béto serait une occasion importante pour de nombreux auteurs
africains inconnus, d’ arriver à publier leurs ouvrages.
Je sais par ma propre expérience, combien il est difficile pour
un auteur méconnu africain de trouver une maison d'édition.
S.N.: L'Afrique est mal partie. Beaucoup d'auteurs l'ont déjà
écrit, par exemple le célèbre René Dumont
depuis 1962. Qu'est-ce qui manque en Afrique pour amorcer le développement?
F.N.M.: Pauvriété des populations, la précarité,
le chômage chronique des jeunes, en un mot les inégalités
sociales criantes, les crises, fléaux, les conflits ouverts et
larvés ne cessent de déshonorer l' Afrique. Ce continent
ne cesse en grande partie de s'appauvrir et de faire figure d’
un mendiant incaple de se relever en dépit de ses richesses naturelles
immenses. « Ce qui appartient à l’ état est
confondu aux intérêts personnels et familiaux de certains
chefs d’ états africains.« Le pillage institutionnalisé
fait rage dans la plupart des cas et l’ impunité est totale.
Des ministres, des chefs d’ entreprises étatiques dont
« les nominations reposent raremment sur la compétence,
l’expérience mais sur des critères éthniques
ou politiques », sont, dans des nombreux africains plus préoccupés
à placer leurs intérêts particuliers avant l’
intérêt collectif. La corruption a atteint une dimension
très alarmante dans des nombreux pays. Selon l’ U.A au
début 2006, les détournements des fonds publics, l’
enrichissement personnel, la corruption représente chaque année
un manque à gagner de 148 Milliards de Dollars pour l’
Afrique; soit ¼ des richesses annuelles produites. Des réseaux
routiers font cruellement défaut dans de nombreux pays. Beaucoup
de dirigeants africains se sont substitués aux colons. C’est
qui est réellement regrettable. Entre autre, ce qui manque en
Afrique, est, qu'une large masse de la population ne peut accéder
à l'école et à la formation technique. La qualification
de jeunes sortant des écoles, ainsi que le perfectionnement et
la formation continue des employés dans les rares entreprises
existantes, sont pratiquement absents en Afrique. Beaucoup de pays ne
possèdent aucune structure de base élémentaire
scientifique et technique. Il manque la vraie infrastructure économique
et il n'y a pas de production dans beaucoup de domaines. L'Afrique a
hérité des structures coloniales. Après les indépendances,
les pays africains ont été mal conseillés, parce
qu'on voulait toujours les avoir comme fournisseurs de matières
premières et de produits agricoles exotiques. C'est sûr
que depuis l'indépendance le nombre d'écoles et d'étudiants
dans les universités a augmenté. Les dirigeants africains
ont compris que sciences et techniques sont très importantes
pour le développement. Déjà en Juillet 1979, lors
de la conférence de l'OUA à Monrovia, les chefs d'Etats
africains se sont prononcés pour "mettre la science et la
technique au service du développement, afin que la capacité
de performance indépendante en Afrique soit renforcée."
Néanmoins il y a peu d'étudiants dans les universités
africaines qui étudient les sciences ou la technique. L'équipement
nécessaire n'est souvent pas disponible, de même que le
nombre nécessaire d'écoles professionnelles. De plus les
professeurs dans ce domaine font défaut. La formation scolaire
est seulement orientée académiquement et n'est guère
appropriée pour solutionner des problèmes urgents dans
la société. Si la formation de base en science et technique
pouvait s'améliorer vigoureusement, les choses seraient tout
autres. Prenons seulement un exemple: d'après un rapport de l'Unesco
il y a plus 15 ans, 30000 personnes étaient employées
partiellement ou en permanence dans 700 sites de recherches. Dans ces
recherches, les découvertes africaines dans le domaine de la
biologie ont eu une très forte influence. La médecine
et la production de denrées alimentaires ont été
influencées considérablement par ces découvertes
africaines. L'Afrique se trouve malheureusement dans une situation de
totale impuissance à cause de son endettement extérieur
et surtout des erreurs incessantes de la majorité de sa classe
politique.
L'Afrique doit à tout prix arriver de sa propre initiative à
se nourrir, à bâtir de nouvelles structures de production
pour l'autosubsistance alimentaire. L ‘Afrique doit arriver à
se relever,
bien qu'elle ne touche pas jusqu’à lors assez de devises
alors que sa contribution « à la mondialisation en guise
de matière première est très grande ». L’
Afrique doit mérite une meilleure intégration au système
du commerce mondial. C’est sur ce terrain que la compétence
des élites africaines devrait à long terme faire ses preuves.
En tout cela, la bonne gouvernance doit faire école dans tous
les pays Africains afin d’arriver à la maîtrise de
la science et la technologie utiles au développement économique.
Les nouveaux maux tels que le tribalisme, la dictature, la corruption,
le Sida, le terrorisme d’ état, le banditisme et la criminalité
des jeunes dus au chômage, aux conflits larvés «
qui font d’ une partie des populations des laissés pour
comptes des républiques » constituent les plus grands dangers
pour un développement réel, doivent disparaître.
Plus de 75% de la population active n' ont pas aucun accès à
des activités rémunérées dans de nombreux
pays africains. Le manque des réseaux routiers, l' instabilité
politique pour ne citer qu’eux, empêchent le progrès.
Ils n’ attirent pas les investissements. De nombreux scientifiques,
académiciens et techniciens bien formés, partent, restent
dans les pays développés où ils ont reçu
ou approfondi leur formation nécessaire. Une attention particulière
mérite d’ être accordée à la maîtrise
de la technologie de base, à la coopération sud sud, au
soutien réel aux efforts de démocratisation afin de renverser
la tendance actuelle. Une nouvelle conscience mérite d' être
créée en Afrique où le développement du
potentiel humain, l’ amélioration du niveau de vie des
populations, les investissements dans les structures développement
doivent rester au centre de tout effort.
S:N:: Il existe pourtant des pays comme le Brésil et l’
Asie du sud-est, qui comptaient hier parmi les pays du "tiers monde"
et qui font aujourd'hui partie des nations industrielles malgré
l'égoïsme des pays industriels occidentaux.
F.N.M.: Considérons les choses comme elles le sont réellement.
Le Brésil n'est pas vraiment un très bon exemple de développement
économique. 70% de la population de ce pays n'a pas profité
du progrès et des millions d'enfants vivent dans la rue. Les
pays d’ Asie du sud- est peuvent en une certaine mesure peuvent
être pris en exemple. Mais allons un peu en profondeur pour mieux
comprendre la passivité de l'Afrique. L’ Afrique n'a pas
seulement vécu le colonialisme. Elle n'a pas seulement été
victime des travaux forcés qui ont aidé à l'industrialisation
de l'Europe, mais elle a été également victime
de l'esclavage qui a duré 4 siècles environ. 34 ans après
la découverte et la conquête en 1492 de l'île de
Guanahami située devant la côte de l' Amérique du
sud par Christophe Colombe, commençait déjà la
mise en esclavage des africains pour les faire exploiter de force les
plantations de sucre du nouveau monde. Le premier bateau est venu au
Brésil, à Sao Salvador da Bahia. L'esclavage dura jusqu'en
1888. L'exploitation brutale et inutile, les combats sans scrupules
pour la puissance et la domination qui ont accompagné la conquête
du nouveau monde et du vieux continent africain, poursuivent leurs effets
jusqu'à ce jour et ont programmé d'avance de nombreux
conflits politiques. De plus, l'Afrique a également mené
plusieurs guerres contre les armées des puissances coloniales
européennes. La liste de ces conflits contre la résistance
brutale, qui a abouti à des guerres de libération amères
dans de nombreux pays comme l'Angola, le Mozambique, le Zimbabwe et
la Guinée Bissau, est longue. En 1591 la guerre coloniale de
Tondibi en Afrique de l'Ouest avait déjà lieu. Au cours
du temps, il y eut encore plusieurs guerres coloniales. Par exemple
la guerre des anglais contre Bénin City, capitale de l'ancien
Nigeria, qui dura du 4 janvier au 17 février 1877. Ou encore
la résistance des Herero dans les années 1904 jusqu'en
1907 contre le règne allemand, ou la guerre des français
contre le royaume du Dahomey sous le règne de Béhanzin
(1890 - 1894) qui a fait beaucoup de victimes et où l'armée
des femmes "les Amazones" a combattu très courageusement
des années durant. Ces nombreuses guerres ou autres destructions
insensées, ces massacres et travaux forcés ainsi que l'esclavage
ont causé des millions de morts dans la population africaine.
Ils ont contribué très négativement au subconscient,
aux changements politiques structurels ainsi qu'à la résignation
et à la passivité de l'Afrique et de sa population. Depuis
le colonialisme, il a été toujours difficile aux peuples
africains de s'accommoder de leur héritage dégradant.
Ni le soi-disant ordre économique mondial et aide au développement,
ni les conditions commerciales injustes ou les idéologies importées
ne facilitent pas l'Afrique à trouver une stabilité politique
et économique. Cela est vrai, et il faut le répéter
encore ici que tous les maux ne sont pas à imputer aux autres.
Les africains, surtout les élites africaines en genéral,
sont en partie tributaires des malheurs de l’ Afrique. Quand les
l’ impunité, la gabegie, la corruption, malversation financière
font la lois en Afrique, il ne faut pas s’ étonner que
le progrès ne reste presqu’un vain mot pour ce grand continent
pourtant riche en matières premières. En un mot, aussi
longtemps que des régimes incompétents, tribales et tyranniques,
dont la recherche effrainée pour l’ enrichissement personnel,
de leur famille et entourage poussent les peuples à une misère
infinie, resteront au pouvoir dans de nombreux pays africains, la pauvriété
de l’ Afrique continuera son cours, la fracture sociale se creusera
davantage et la paix, la démocratie seront impossibles.
Une démocratie existait dans la vieille Afrique. L'ancien secrétaire
général de l´OUA entre 1978 et 1983, Eden Kodjo
a écrit dans son livre " Et demain l'Afrique": "
Le despotisme actuel dans le continent est à voir comme conséquence
du colonialisme, du néocolonialisme, de la prise d'influence
des grandes puissances et surtout aussi de l’ inconscience de
nombreux dirigeants politiques africains." L'Afrique est souvent
considérée comme un continent sans histoire ou comme continent
de la colonisation et du commerce avec L'Europe. Par contre la vraie
histoire de L'Afrique, sa culture, son grand passé sont restés
jusqu'à aujourd'hui presque inconnus. Les auteurs Robert et Marianne
Cornevin, connus dans le monde entier, s'exprimaient ainsi dans leur
livre "Histoires africaines"( Payot Paris et aux éditions
Erst Klett, Stuttgart.
Le continent africain est 3 fois plus grand par la superficie que l'ensemble
de l'Europe et presque 3 fois moins peuplé, possède 96%
des diamants, 90% du chrome, 85% du platine, environ 27% des réserves
mondiales d'énergie hydraulique, environ 500 millions d'hectares
de terres arables. Malgré tout cela, l'Afrique doit assister
en spectateur impuissant à la mortalité élevée
de ses enfants. La formation scolaire en Afrique doit être réformée.
Chaque élève devrait recevoir gratuitement une formation
technique parallèlement á sa formation scolaire normale
et de préférence, dans les langues qui lui sont déjà
familières . Ceux qui continuent l'école, devraient plus
tard recevoir dans les universités africaines et écoles
supérieures mieux équipées, une formation technique
d'Etat avancée et hautement qualifiée. L'école
obligatoire doit être réorganisée et les écoles
ainsi que les sites de production, ne doivent pas être construites
uniquement dans les villes, mais aussi dans les campagnes.
Il manque en général des milliers d'écoles en
Afrique, où des jeunes devraient être formés pour
les professions artisanales et agricoles, pour les spécialisations
dans l'industrie, dans la production alimentaire et dans le secteur
tertiaire. Enfant,je me rappelle qu’ il y avait dans notre village,
de même que dans les villages environnants de petits ateliers,
où les gens pouvaient fabriquer des outils et des tissus à
partir de simples matériaux naturels. Il existait des forges
et des ateliers de tissage. Quelques années plus tard tout avait
disparu. Les choses ont évolué de cette façon presque
partout en Afrique. La soi-disant modernisation a uniquement appris
à l'Afrique à s'écarter de son propre savoir, alors
qu'il aurait pu être amélioré avec les nouvelles
techniques. Les Africains ont oublié en grande partie comment
couvrir eux-mêmes leurs propres besoins. Les marchandises et produits
occidentaux, asiatiques dominent le marché africain. Les africains
assimilent en grande partie des valeurs culturelles importées
qui n'ont rien à voir avec leur vraie réalité.
Des films, pour la plupart subventionnés et importés à
bon marché, des productions issues des pays occidentaux, des
films de Karaté provenant de Hongkong, du Japon, de l'Inde, représentent
80 à 90% des programmes des salles de cinéma et des chaînes
de télévision. Tous les produits qui viennent du nord,
sont, d'après la pensée de beaucoup de gens meilleurs
par apport aux rares produits africains. Les denrées produites
dans le pays sont sous-estimées. L’ ínstruction,
la formation professionnelle sont à la base de développement.
l'Afrique a besoin d'institutions démocratiques comme de gouvernements
et de parlements, qui doivent être élus librement par le
peuple. Les grandes démocraties peuvent jouer un rôle important
en épousant la juste cause.
S.N. : Une toute autre question : " vous avez à plusieurs
reprises, entre autres lors d'une interview de Radio Korak à
Hambourg, défendu le point de vue que les musiques africaines
s'imposent comme musiques de l'avenir. Comment pouvez-vous justifier
ce point de vue ?
FNM : C'est juste. Les musiques africaines sont les musiques de l'avenir.
La musique africaine a toujours été aussi la musique du
présent car d'une certaine façon, elle a fortement influencé
la musique mondiale. Laissez moi seulement citer un exemple. Le Jazz
n'est rien d'autre que la musique africaine qui s’ est développée
depuis le 17 ème siècle en Amérique (U.S.A) par
les esclaves africains. La musique, qui, à l'origine a été
essentiellement chantée et scandée à l'aide de
tambours et autres instruments africains, comme peut le prouver une
gravure américaine connue de E.W. Kemble datant de l'année
1885/86 , "The Bamboula, the dance in place Congo", a été
pendant longtemps une musique provenant d'Afrique. En 1850, City Revival
a fait connaître le Negro Spiritual, le Gospel comme musique des
villes venue des églises. Dès le début, le jazz
s'est développé à partir de la musique africaine.
Des musiciens, comme Thomas A. Dorsey, Paul robeson(1878-1976) de l'université
de Rutgers, le compositeur de "Old Man River" James Price
Johnson(1891-1955) et le comédien du film "La case de l´oncle
Tom" Charles Luckeryeth (Luckey) Roberts (1895-1968), Duke Ellington,
Bob Cole et les Johnson Brothers, Joseph King Olivier (1885-1938) et
le Créole Jazz Band de New Orléans, Jelly Morton et les
Red Hot Peppers (1920-1924), Louis Amstrong et Five and Hit Seven (1925-28),
ont apporté une grande contribution au Jazz. La musique africaine
ou mieux dit, les courants musicaux africains, les musiques africaines
ont longtemps été discriminés, de même que
la culture africaine. Cela est regrettable et va contre un dialogue
culturel réel. La musique africaine en tant que phénomène
culturel est heureusement tombée par ses propres moyens dans
notre champ de vision. Nous sommes arrivés à un point,
où les grandes manifestations, les festivals de musique africaine
ainsi que les fêtes de Reggae se développent dans le monde
et aussi en Allemagne et on ne peut plus se passer d’ eux.
L'Afrique, continent aux cultures variées, possède une
richesse musicale. Il existe des milliers de musiques, de styles différents
en Afrique. Jazz, Zouk, Reggae, Bossa Nova, Samba, Salsa, Tango viennent
de la musique africaine. En ce qui concerne le Tango, Juan Carlos Caceres,
argentin, vieux, grand musicien de la dite musique et historien nous
parle, nous rappelle sur les racines africaines de cette musique du
salon. Son Album » Tango Negro » au début 2006 est
un véritable rappel et louange à la musique africaine.
La multiplicité de la musique africaine, témoigne de la
vitalité qui sommeille en Afrique, malgré les problèmes
socio-économiques. Vue ainsi, l'Afrique possède la clé
à portée de la main, qui peut permettre de réaliser
de nombreux désirs. Il est temps que les autorités le
comprenent réellement que la musique est une source importante
qu’ il faut indutrialiser avec compétences recquises. La
production de la musique et les droits d’ auteurs sont succeptiblent
de donner du travail à des nombreuses personnes et d’ assurer
des rentrées d’ argent, des devises inestimables.
S.N. On n' a beaucoup parlé de la haine contre les étrangers
en Allemagne après l' unification, que pouvez-vous nous dire
l'a dessus ?
F.N.M.: Les autorités allemandes ont mené un travail
fantastique pour arriver à enrayer la haine contre les étrangers
qui fait la honte du pays les années qui ont suivi l'unification.
Le problème de la haine contre les étrangers n'est plus
une réalité ces derniers temps en Allemagne. Mais pour
certaines personnes, les étrangers viennent en Allemagne pour
voler leur emploi. Les africains sont, à leur avis, tous des
réfugiés qui vivent aux frais des contribuables et l'Afrique
est un continent qui vit de l'aide au développement. L'Afrique
ou en général les pays en développement sont-ils
aidés au développement ou au sous-développement?
Celui qui se préoccupe des énormes ressources naturelles
fournies par les pays en voie de développement au marché
mondial et qui comprend „l'importance stratégique des matières
premières pour la politique internationale et l'économie",
ne peut que se distancier de ces mensonges très souvent propagés.
La civilisation européenne et américaine fut construite
aux frais des ressources et des énergies africaines. Les travaux
forcés ont été pratiqués très longtemps
durant la période coloniale. Les hommes furent monstrueusement
contraints de produire du caoutchouc, qui était livré
directement en Europe. En outre, ils furent forcés de payer des
impôts personnels aux métropoles coloniales. Nous pouvons
encore nous rappeler de l'histoire du sucre, de "l'or blanc"
qui a fait démarrer l'esclavage et les travaux forcés
des africains dans les plantations d'Amérique et des Caraïbes.
L'Afrique et l'ensemble des pays en voie développement payent
jusqu' à nos jours un prix très élevé, particulièrement
par la destruction de leur environnement pour l'industrialisation future
des pays riches. L'Afrique passe pour être le continent numéro
1 de la famine. Savez-vous comment les entreprises agricoles multinationales
travaillent en Afrique avec leurs "activités commerciales
et d'investissement ?" Ce qui vient des "projets de production"
et des zones de cultures, est destiné à la "satisfaction"
des consommateurs occidentaux. De plus en plus de coton, café,
cacao, bananes, mangues, légumes et même des fleurs et
aliments pour le bétail sont importés d'Afrique, pendant
que la population de plusieurs pays de ce continent souffre de la faim.
Qui détermine le prix de ces produits? Qui vend les armes responsables
de l'extension des conflits? Le grand public mondial devrait ouvrir
les yeux avec honnêteté pour comprendre la vraie cause
des problèmes, et voter pour la justice sociale. N'était-ce
pas l'une des justifications de l'impérialisme colonial, de garantir
aux peuples des pays colonisés protection matérielle et
sécurité morale? Après une longue période
coloniale, quelle sorte d'aide matérielle et de sécurité
morale ont reçu les peuples colonisés? N'est-ce pas principalement
la population des pays en développement qui souffre le plus de
l'endettement, qui commença après la crise économique
mondiale (1974/75), lorsque les pays industrialisés ont cherché
à vendre leur surproduction à n'importe quel prix et à
mettre des crédits à disposition pour stimuler la demande?
Qui a profité à vrai dire des crédits attribués?
Quelques chefs d'Etats et élites corrompus qui ont importé
en masse des biens de luxe , placé de l'argent dans les banques
des pays industriels occidentaux, acheté des maisons et immeubles
ou participé à n'importe quel investissement. La corruption
va si loin, que la fortune privée de certains chefs d'Etats ,telle
que celle du défunt président Mobutu dépassait
de plusieurs fois le produit national brut. Bref, ces crédits
sont à l'origine de l'endettement qui a influencé très
négativement une partie de la population africaine et mondiale
et qui profite de nouveau aux pays créanciers.
Revenons au africains en Allemagne, ils sont en grande partie livrés
à eux mêmes. Ils ne reçoivent presque assez d'opportunités
de recevoir de formation professionnelle. On ne les aide réellement
pas, lorsqu'ils veulent participer à des associations ou à
d'autres activités culturelles. Certes il ya parfois dans certaines
villes quelques rares associations subventionnées sur des critères
méconnaissables, mais en général les africains
sont abandonnés à eux même. Un simple rappel: Après
la réunification, presque tous les mozambicains et angolais qui
travaillaient dans l'ancienne Allemagne de l'Est étaient renvoyés
chez eux. Les contrats entre l'ex- Allemagne de l'Est et les gouvernements
des pays nommés étaient résiliés avant terme
par le gouvernement de la république fédérale.
Beaucoup d'africains demandeurs d'asile vivent isolés des villes
dans des anciennes casernes militaires et dans de vieilles maisons.
Les africains n'ont par exemple pas accès aux, dancings, discothèques
dans la plupart des localités allemandes.
S.N.: Pourquoi les nations industrielles, particulièrement l´Allemagne
qui n'a aucun rapport avec l'Afrique, devraient après tout aider
ce continent?
F.N.M.: Les nations industrialisées devraient aider l'Afrique
et en général les autres continents comme l'Amérique
du Sud, l' Asie, à cause du postulat de justice économique.
L'Allemagne n'a t-elle aucun rapport avec l'Afrique? Cette question
est absurde. Tout d'abord la communauté mondiale reste la communauté
mondiale. Si la technologie moderne ne sert pas à aider, les
milliards de gens qui vivent sur cette terre à obtenir une vie
humaine, le monde est condamné à vivre dans un chaos et
dans un conflit permanent. Ce n'est pas normal, que des millions de
gens soient obligés, toute une vie durant, de se battre pour
le pain quotidien, pendant qu'un tiers de la population mondiale vit
dans l'abondance. Cela ne peut, à la longue, être bénéfique
à la communauté mondiale. Aucun homme raisonnable ne peut
dire: " en quoi me concernent les guerres civiles qui ont lieu
loin de mon pays?", aussi longtemps qu'il est dépendant
pour sa propre existence de l'exportation mondiale, des matières
premières importées, des produits agricoles exotiques,
des vacances dans les pays lointains...etc. Par conséquent, on
doit essayer d'empêcher la catastrophe imminente pour des raisons
stratégiques et aussi morales. Pour revenir à la deuxième
question, je dois vous répondre, que l´Allemagne a un lien
très important avec l'Afrique, beaucoup plus que les gens ne
veulent le reconnaître. Est-ce que la conférence de Berlin,
par exemple, n'a pas eu lieu à Berlin?
Si nous considérons des pays comme l'Afrique du Sud, la Gambie,
le Ghana, le Kenya sans oublier les anciennes colonies comme le Togo,
le Zanzibar, la Namibie et le Ruanda-Burundi, nous pouvons constater,
que l´Allemagne a sa famille, ses relations et amis en Afrique.
Chaque pays est dépendant des autres. comme les individus sont
dépendant des autres si l'on sait bien discerner les choses.
Après des siècles d'esclavage, plus de 110 ans après
la conférence de Berlin, les relations afro européennes
devraient apporter plus, que de considérer l'Afrique comme le
fournisseur éternel de matières premières et de
produits agricoles, et comme un champ d'expérimentation d'armes
et de dépôts d'ordures pour les Etats industriels. La stabilité,
le développement et la démocratie, dont l'Afrique et la
communauté mondiale ont besoin, ne peuvent pas être encouragés
de cette façon.
S.N.: Les africains sont-ils mûrs pour la démocratie?
F.N.M.: La démocratie n'est pas une trouvaille de l´ Europe!
Comme je l'ai déjà dit, il y avait autrefois en Afrique
une forme de démocratie. Les anciens royaumes nous en fournissent
des exemples. La plupart de ces royaumes avaient un roi élu,
et il y avait aussi des gouvernements autonomes dans chaque région.
Les lois et directives du roi n'étaient possibles, qu'avec l'accord
des nombreux conseillers. Par exemple, les femmes Yoruba avaient une
puissante position interne dans le gouvernement, la religion traditionnelle
et dans la vie économique. La place de la femme dans la société
traditionnelle était louable. Le roi ainsi que les conseillers
étaient élus, après qu'il fût établi,
qu'ils étaient dignes de bien servir le peuple dans leur vie
actuelle. Dans certaines régions d'Afrique, ces structures existent
partiellement jusqu'à aujourd'hui. Par conséquent, le
problème n'est pas, que les africains ne soient pas mûrs
pour la démocratie, mais plutôt qu'ils doivent trouver
un tout nouveau chemin après le démantèlement de
leurs propres modèles historiques et démocratiques. L'Europe
a appris à mettre en pratique une démocratie parlementaire
et libérale. Et elle a trouvé, à travers cette
démocratie, une stabilité politique.
La démocratie signifie est un processus d'apprentissage à
effectuer par l'ensemble de la population afin de savoir cohabiter ensemble,
de se souder dans une forme sociale, politique et économique.
Les puissances occidentales doivent renoncer à collaborer avec
les dictatures africaines. Il faut les isoler politiquement afin de
favoriser le processus de démocratisation et l’ apprentissage
des règles du jeu démocratique s'appuyant sur la tolérance
réciproque. La démocratie en Afrique ne doit pas seulement
se limiter avec la pratique "des élections libres"
et la création de partis politiques. Une démocratie, qui
ne contribue pas à l'amélioration de la situation économique
et sociale de l'ensemble de la population, ne peut s'imposer. Il ne
peut exister une démocratie sans justice sociale et par voie
de conséquence sans paix. La paix ne peut être possible
sans développement économique, technologique et spirituel.
La meilleure démocratie de ce monde est de permettre aux humains
de s’ exprimer et se déplacer librement sur la planète.
L'Europe ou le monde occidental s’ est longtemps trop préoccupé
que de la solution de ses propres problèmes et négligé
la perspective globale de l'harmonie, de la paix et du développement
planétaire. Après la période de l'esclavage et
du pillage colonial de l'Afrique, il est temps de corriger les fautes
du passé. Les peuples africains ont été un peu
abandonnés par les nations industrialisés alors qu'on
s'efforçait de mettre la démocratie en marche dans les
années 1989 - 1991. Les quelques pays qui ont réussi à
renverser les anciennes dictatures n'ont pas été suffisamment
épaulés pour aller à l’avant. Il est temps
que les responsables des pays développés sachent se ranger
sur la voie juste. Les peuples méritent d’ être protégés
contre la tyrannie. Les pays qui s’ engagent dans la voie démocratique
et pratiquent la bonne gouvernance méritent réellement
d’ être assistés par une coopération franche.
L’ Afrique a plus besoin de coopération que de la soie
disant aide. Et cette coopération qui est la voie du salut pour
l’ Afrique et par voie de conséquence du monde entier,
ne peut se faire qu’ avec des autorités africaines compétentes,
honnêtes, démocrates dépourvus de tout esprit de
division. Une attention particulière doit être aussi accordée
à la société civile comme partenaire pour un développement
vrai et durable.
S.N. : Est-ce que les nations industrialisées ne fournissent
pas déjà suffisamment d' effort pour développement
de l’ Afrique?
Est-ce que les africains ne sont pas eux-mêmes responsables de
leur pauvreté ? La progéniture est trop grande en Afrique.
Les Africains ne veillent pas au planning familial et font trop de guerres
tribales.
F.N.M. : Le niveau du développement des nations industrielles
occidentales a régressé au cours de ces dernières
années. Au cours des années écoulées, l'Afrique
n'a pas reçu la moitié des investissements prévus.
Si les nations industrielles accordaient suffisamment d'aide au développement,
le sommet mondial pour le développement social n'aurait par exemple
pas eu lieu au début mars 1995, bien qu'il n'ait rien permis
de réaliser de concret jusqu'à aujourd'hui. La conférence
mondiale et environnementale sur l'Afrique qui s'est tenue en octobre
1993 à Tokyo peut le prouver. Le nouveau partenariat pour un
développement durable de l'Afrique est resté jusqu'à
présent une vaine promesse. La politique de développement
mondiale devrait se soucier davantage de satisfaire les besoins fondamentaux
des être humains dans ce monde. La technologie moderne est capable
de favoriser un tel objectif. Pour cette raison, au lieu de plaider
uniquement en faveur d'un développement matériel, il faudrait
également tenir compte du développement spirituel. Il
est possible de créer un autre type de coopération constructive
entre les peuples d'Afrique et d'Europe, entre le nord et le sud. Cette
coopération est même une chance lorsqu'il est question
du progrès humanitaire du monde. L'Afrique a été
un champ d'expérimentation pour les armes des deux super-puissances
pendant la guerre froide. De nombreuses entreprises des pays démocratiques
occidentaux vendent des armes aux dictateurs africains ou à des
bandits armés. Chaque homme doué de raison sait que la
vente d'armes entraîne la mort de millions de personnes, la destruction
massive de villes, de villages, de champs, d'entreprises, d'installations
industrielles. Elle rend les routes impraticables et les champs incultivables.
C'est une action criminelle, une atteinte aux droits de l'homme, en
particulier lorsqu'elle se pratique dans des pays en guerre ou en conflit.
On compte par exemple plus de 110 millions de mines anti-personnel en
Afrique, Asie, Amérique latine, qui empêchent la population
de travailler, de produire et de se nourrir. Les pays industrialisés
n'hésitent pas à soutenir des dictateurs des régions
en crise, aussi longtemps qu'ils voient leur intérêts dans
les conflits, dans ce chaos. L'importation d'armes coûte une fortune
aux pays pauvres. Les dépenses militaires dépassent celles
en faveur du bien social. Il y a aide au développement militaire
ou policière dans des pays où les droits de l'homme sont
lésés quotidiennement, où des dictateurs sont au
pouvoir. Cela n’ est pas une bonne action de la part des pays
démocratiques. En ce qui concerne la surpopulation en Afrique,
on sait que l'Afrique est trois fois plus grande que l'Europe mais trois
fois moins peuplée. Le point de vue des hommes politiques et
des médias qui parlent constamment de la surpopulation de l'Afrique
est erroné. En reprochant aux africains de se reproduire trop
rapidement, on détourne l'attention des faits réels. Il
est fondamentalement faux de considérer que la soi-disant maîtrise
de l'explosion démographique serait un espoir pour le développement
et le bien-être matériel de l'Afrique. En Afrique, les
enfants sont une assurance vieillesse. En raison du fort taux de mortalité
des nourrissons, les familles sont forcées d'engendrer davantage
d'enfants qu'en Europe. Pourtant, l'Afrique reste sous-peuplée.
Le potentiel démographique n'a donc pas forcément grand
chose à voir avec la pauvreté et la misère en Afrique.
Le meilleur planning familial serait de payer à bon prix les
produits venus d'Afrique, de mettre fin aux spéculations de toutes
sortes sur le marché mondial. L'Afrique devrait être aidée
à organiser, à produire des occupations payées
pour sa population afin que l'assurance retraite basée sur la
solidarité des enfants puisse être remplacée par
une retraite payée. Ce serait une solution raisonnable. Celui
qui aide l'Afrique s'aide lui-même. En effet, l'élargissement
de certaines exportations du marché pourrait ainsi être
garanti encore davantage. Certaines personnes espèrent que le
développement démographique de l'Afrique soit freiné
par la progression du sida et par les guerres civiles qui tuent tous
les ans des millions de personnes. Cet espoir cynique peut se refléter
dans des déclarations telles que:„l'épidémie
du sida transforme l'Afrique en un continent en voie de disparition".
Cet espoir est déraisonnable et pervers. Il serait préférable
de se concentrer sur la possibilité de faire de ce continent
un vrai partenaire sous tous les plans et mieux l' aider à lutter
contre les fléaux du sida, du malaria, paludisme, contre le totarisme
de certains gouvernements. Il est honnête d' accorder les prêts
sans intérêts nécessaires aux projets d'auto assistance,
tout particulièrement dans les régions agricoles.
Il est important pour nous les Africains aussi à croire à
la valeur de nos propres capacité et à l’ unité.
Nous devrions nous mettre au travail et éviter que la médiocrité
perdure. Nous pouvons par exemple, personnellement oeuvrer à
l’ auto suffisance alimentaire. Nous pouvons éviter le
développement des certaines épidemies facilités
par les ordures jetées, abondonnées en masse dans les
ruiseaux, rivières, terrains vages, dans les parcelles et au
bord des routes. Il est urgent que les citoyens et surtout les pouvoirs
publics agissent en conséquence pour améliorer la situation
sanitaire.
S.N. : Les gouvernements africains n'ont pas tenu leurs promesses faites
aux conférences internationales, aux sommets mondiaux de la femme
qui se sont tenus à Copenhague en 1980 et à Nairobi en
1985. La participation des femmes aux activités rémunérées
n'a pas augmenté. Au cours d'autres manifestations telles que
la „conférence sur la démographie mondiale"
du Caire en 1994 et la „conférence sociale du monde"
de Copenhague en 1995, aucune occasion n'a été négligée
de plaider pour une amélioration de la situation des femmes africaines.
Quand s'arrêtera l'oppression des femmes en Afrique ?
F.N.M. : Pendant les conférences citées, on a parlé
souvent avec passion de la conquête de positions sociales ou de
l'amélioration de la situation des femmes. Il est très
bien que beaucoup d'attention soit accordée à de telles
questions. En pourcentage, la situation ne s'est pas améliorée
dans de nombreuses régions d'Afrique. Il est entre autre à
saluer que les femmes commencent à occuper des hautes fonctions
au niveau des états. Il leur appartient que ne pas tomber dans
les pièges, dans les eurreurs des hommes et qu’ elles nous
aident à oeuvrer pour une société plus juste. Aujourd’hui
l’ état de droit n’existe pas dans la quasi- totalité
des répulique africaines. Le devoir primaire est d’ oeuvrer
pour l’ instauration de cet état de droit dans les pays
africains.
Les activités rémunérées sont presque inexistant
pour les populations. La jeunesse est désoeuvrée. Les
Jeunes en Afrique sont en général sans perspective. Ils
vivent une galère sans fin, pour ne pas dire une calvaire. Les
événements de 2005 montrant des jeunes tentant de gagner
l'Europe au Maroc, en Espagne, l' Italie pour aller y chercher le salut
le rappelle sans cesse avec acuité. Dans ces circonstances, vous
pouvez comprendre combien il est difficile et pénible d'imposer
un droit particulier tel que la hausse de la quote-part des femmes dans
les activités rémunérées. Même pour
les activités rémunérées, les africains
touchent bien trop peu d'argent pour ce qu'ils font. Est-ce que les
gens s'intéressent aux misérables conditions de travail
des agriculteurs pendant la récolte des fruits tropicaux, du
sucre, du café, du cacao, ou encore des fruits, des fleurs, des
légumes ? Combien de personnes s'intéressent réellement
au salaire des petits paysans, à leurs produits d'exportation
et à leur commercialisation dans le monde entier. Qui s' intéresse
au rôle du business agricole international en Afrique. Prenons
quelques exemples :Un directeur d'école primaire ou un conseiller
d'études qui veut venir en Europe, doit économiser pendant
cinq ans, si toutefois il le peut, pour prendre trois semaines de vacances.
S'il veut acheter une voiture d'occasion, qui a déjà cinq
ans, il faut qu'il déploie le même effort. Un simple professeur
ou un ouvrier doit vendre presque tout ce qu'il possède pour
pouvoir réaliser un tel voyage, sans parler du fait que la majorité
des enseignants, professeurs exercent des activités annexes pour
pouvoir nourrir leur famille. Les bases de succès pour tous les
africains résident dans le système éducatif, dans
l' établissement d'un système d'Etat de droit. Le fait
que beaucoup de femmes accèdent à des positions dirigeantes
ne changera rien en Afrique si les structures actuelles sont maintenues.
Les objectifs sociaux doivent principalement s'orienter en vue de satisfaire
les besoins fondamentaux des populations. Il y a un certain nombre de
femmes dans les gouvernements et dans les postes-clés de l'économie
et de l'administration. Par exemple, la présidente du tribunal
administratif d'Abidjan, la plus grande ville de Côte d'Ivoire,
est une femme. Un autre exemple, la banque africaine du développement
est dirigée par une femme. Son adjointe est également
une femme. Lorsque l'on sait ce que les femmes en Afrique sont capables
de faire, il est évident que leur confiance en elles-mêmes
doit être renforcée. Les femmes coordonnent principalement
les activités du secteur informel. Elles déterminent presque
à elles seules le commerce dans ce secteur. Il faudrait encourager
de plus en plus ce dynamisme par de nouvelles mesures de formation,
des soutiens financiers venus d'organisation d'aide à l'auto
assistance, des coopératives. La production artisanale et agricole
devrait être améliorée tout comme le système
d'économies et de prêts. On pourrait ainsi faire davantage
pour améliorer la situation des femmes dans des couches importantes
de la population. La conquête de certains postes dirigeants par
les femmes ne peut pas apporter ni faire bouger grand chose. Naturellement,
tous les problèmes de l'Afrique ne peuvent pas être ramenés
à l'esclavage et au colonialisme. Plus de 45 ans après
l'indépendance pour l' ensemble de l' Afrique, il faut constater
que de nombreux pays sont eux-mêmes principalement responsables
de leurs erreurs. Les gouvernements et les élites empêchent
le développement matériel et technologique de l'Afrique.
La minorité au pouvoir use en général ses positions
que s'enrichir personnellement et mener une vie extravagante. Elle est
en grande partie un véritable frein au développement économique.
Ceci dit, que celui qui s'intéresse réellement à
une amélioration de la situation des femmes africaines, devrait
plaider en faveur des institutions démocratiques, de l'indépendance
économique de l'Afrique et d'une amélioration du système
éducatif. La créativité, la mobilité intellectuelle,
les initiatives privées, le travail des associations devraient
être encouragées. Les technologies favorables à
l'environnement devraient être transférées dans
les pays et dans le continent. Sans ces modifications structurelles
fondamentales,en un mot, sans disparition des dictatures, sans la bonne
gouvernance la situation des femmes en Afrique ne pourra pas être
améliorée durablement. Un progrès dans la situation
des femmes pourrait être atteint par l'alphabétisation,
l'encouragement de l'artisanat, des mesures de formation dans les régions
agricoles les plus pauvres. Si on apprend en Afrique à conserver
les produits alimentaires agricoles après la saison, une partie
du problème de la faim serait résolue. Mais en Afrique
le développement est le plus souvent mal compris sinon mal adapté.
Voyant en guise d' exemple les pays de l' Afrique centrale aux terres
très fertiles qui ne se donnent pas la peine d' intensifier leur
agriculture. La culture de la banane plantain par exemple pouvait être
bien maîtrisée dans cette partie de l’ Afrique et
assurer ainsi une alimentation de base aux valeurs nutrictives inestimables,
au lieu de s' acharner à importer massivement des produits en
masse et rendre ainsi la vie plus Chère.
S.N. : Que dire sur la polygamie et l'excision chez les femmes ?
F.N.M. : Il faut dire tout d'abord que la polygamie et l'excision chez
les femmes ne sont pas de bonnes choses, avant d'essayer d'éclaircir
certains problèmes. Le nouveau développement de la polygamie
en Afrique est inquiétant et doit être considéré
avec soucis, de même que le nombre croissant de divorces dans
la société occidentale. Il est certain que la polygamie
avait son rôle à jouer dans les sociétés
traditionnelles africaines, par exemple dans les régions agricoles
où l'exode des jeunes est une effrayante réalité
et où les adultes ne peuvent plus compter sur une participation
de leurs enfants au travail des champs. Depuis toujours, les africains
vivent en collectivité et ont besoin de grandes familles. Ce
n'est qu'ainsi qu'ils trouvent la force de maîtriser certains
travaux et aussi puiser leur joie de vivre. Mais les nouvelles tendances
développées ces dernières années dans de
nombreux pays d'Afrique et en particulier dans les pays et les villes
dominées par le christianisme, sont une ironie de l'histoire.
Paradoxalement, il faut rechercher les raisons de la polygamie, aujourd'hui
dans les nouveaux problèmes qui ont surgi dans les sociétés
africaines. Les anciennes causes de la polygamie résident dans
l'importance que l'on donne aux enfants et au mariage dans ce deuxième
continent du monde. Une femme ou un homme sans enfants ne valent pas
grand chose en Afrique, quel que soit le succès matériel
et professionnel. Une femme qui ne peut pas mettre d'enfants au monde
n'a aucune chance de trouver quelqu'un susceptible à transmettre
ses plaintes, lorsque son mari prend une seconde femme. Cependant, on
attend malheureusement aujourd'hui encore que la femme n'ait des enfants
que d'un seul homme ou dans le cadre d'une union matrimoniale, si elle
veut être respectée dans la société, alors
qu'un homme peut vivre sans contraintes avec deux, même plusieurs
femmes ou d' entretenir ouvertement de 2e , 3e bureau. Ainsi les femmes
sont la plupart du temps contraintes à accepter chaque union,
qu'elles soient cultivées ou non. Si deux femmes peuvent mutuellement
s'accepter comme deux soeurs dans les unions polygames, la polygamie
peut être considérée comme un moindre mal par rapport
aux nombreux divorces qui se produisent dans les pays industriels occidentaux
où il est naturel pour beaucoup de gens de divorcer immédiatement
à cause d'un nouvel amant ou d'une maîtresse, afin de contracter
un nouveau mariage. Cependant dans de nombreux mariages polygames, la
paix et la compréhension mutuelle sont souvent des mots inconnus.
Par ailleurs, lorsque les femmes africaines tolèrent la polygamie,
cela ne signifie pas obligatoirement qu'elles sont incroyablement passives.
La femme africaine est beaucoup plus indépendante qu'on ne le
croit. Dans la vie publique, les femmes ou les hommes vivent la plupart
du temps entre eux. L'enfant ou les enfants qu'une femme a eu de son
mari, sont beaucoup plus importants pour elle que le mari lui même.
Avoir un enfant pour soi, apporte fierté, richesse et est une
assurance vieillesse. Pour cette raison, le fait de se partager un homme
au sein du mariage n'est pas considéré comme une situation
aussi malheureuse ni aussi dramatique. Etant donné que les enfants
sont plus importants que le mari, les femmes conservent sans problèmes
leur nom de jeune fille. De nos jour, la polygamie est malheureusement
aussi la source de l' expansion rapide de Sida.
En ce qui concerne l'excision, elle n'est pas connue dans toute l'Afrique.
En Afrique centrale et dans les pays du sud de l'Afrique, mis à
part dans une partie de l'Angola, ces coutumes inimaginables surprennent
autant qu'en Europe. L'excision des jeunes filles est pratiquée
dans certaines régions d'Afrique, tout particulièrement
en Afrique occidentale, en Somalie, et en partie au Kenya et en Angola.
Dans ces deux derniers pays, elle existe chez certaines populations
: chez les Ndembu en Angola et chez les Massaï au Kenya. L'excision
consiste à retirer ici le prépuce du clitoris. Des recherches
ont montré que l'excision était déjà pratiquée
dans l'ancienne Egypte il y a 2000 ans. En dehors de l'Afrique, cette
coutume est également pratiquée dans certains pays d'Amérique
du sud et à Papoue (Nouvelle Guinée). La façon
dont l'excision est pratiquée symbolise, de l'avis des gens,
le passage de l'enfant au monde des adultes. Les hommes pensent bizarrement,
de même que beaucoup de femmes, que c'est une pratique similaire
à celle de la circoncision des petits garçons pratiquée
en Afrique et dans de nombreuses autres régions du monde, qui
consiste à couper le prépuce du pénis. Il faut
reconnaître sincèrement que l'excision est cruelle chez
les femmes. On dit qu'elle mutile les jeunes filles et leur enlève
la possibilité d'éprouver tout désir sexuel durant
toute leur vie. Mais saviez-vous que l'excision des organes sexuels
a également été pratiquée en Europe au 19ème
siècle ? On l'a utilisée comme traitement contre l'hystérie
et la masturbation.
Les personnes qui luttent en Afrique contre ces horribles traditions
du passé sont souvent isolées socialement. Binta Sidibé
de Gambie est souvent confrontée aujourd'hui à l'incompréhension
et à l'agression verbale des mères qui ne veulent „que
le bien de leurs filles".
Les lois et la répression ne peuvent pas lutter efficacement
contre l'excision. Les expériences du passé, déjà
du temps de l'époque coloniale, ont montré que ces formes
ne sont pas appropriées. Les campagnes d'information pratiquées
dans certains pays tels ceux de l'ancien gouvernement du Burkina Faso,
qui ont été intégrées dans le programme
gouvernemental dès 1983 par le défunt Thomas Sankara,
ou l'initiative privée de Binta Sidibé, déjà
nommée; femme très bien éduquée et très
courageuse, nécessitent un urgent soutien. Un dialogue réel
avec la population par lequel les résistances, les réserves
et les craintes sont abordées ouvertement devrait avoir lieu
avec une nouvelle intensité dans les médias des pays concernés.
Les personnes, en particulier les mères des jeunes filles doivent
très vite apprendre à comprendre à quel point il
est inutile et dangereux de torturer la jeune fille pour soi-disant
la rendre adulte ou pour mieux la marier.
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